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Les Alpins

1888, Création d’une subdivision d’arme très moderne : les troupes alpines

 
 
Les Alpins
 
De l’armistice de 1918 à l’armée d’armistice de 1940

La Grande Guerre s’est terminée pour les troupes alpines avec le statut reconnu de troupes d’élite, chèrement acquis au prix d’un taux de pertes exceptionnel pour des faits d’armes eux aussi hors du commun, accomplis sur tous les fronts de la mer du Nord aux Balkans. Le drapeau des chasseurs, qui ne peut tous les citer, porte sur sa soie le seul nom de « Grande Guerre », et tous les bataillons en sont sortis décorés. Une telle réputation va leur valoir pendant l’entre-deux-guerres d’être désignés pour régler les problèmes délicats des séquelles de la victoire de 1918. Comme dans les vingt ans qui suivirent la fin des guerres de décolonisation, on vit bérets rouges et képis blancs gérer les conflits régionaux, les tartes des Diables bleus vont apparaître à partir de 1919 en occupation, intervention ou interposition en Europe et Afrique du Nord.

Cette période est également celle du retour des Alpins vers leurs garnisons des Alpes, et donc l’occasion de renouer leurs liens avec les populations locales, mais surtout de retrouver les chemins de la montagne, de reprendre leur entraînement et d’améliorer leur organisation et leur technique. Troupes d’élite redevenues troupes de montagne, elles vont en 1940 montrer l’efficacité de leurs unités, qui furent les seules en cette période si difficile à remporter une victoire en Norvège et à demeurer invaincues sur le front des Alpes, se révélant ainsi les dignes héritières de leurs aînées de 14-18, et prêtes à continuer le combat de l’ombre sur un terrain si propice à la guérilla.

Troupes d’élite et soldats de la paix

La France sort victorieuse de la guerre mais comme le déclare Clemenceau « gagner la paix sera encore plus difficile ». Le grand prestige militaire et diplomatique dont elle jouit à la fin des hostilités va la faire solliciter par de nombreux États créés ou modifié par les traités de paix qui mettent fin au conflit. La situation est très tendue à la fois en Allemagne où la transition entre empire et république se fait difficilement sur fond d’insurrection révolutionnaire et de guerres civiles, mais également dans les jeunes États où les minorités s’agitent, où les nationalités ne coïncides pas toujours avec les frontières artificielles issues de l’idéologie wilsonienne, ce qui entraîne de nombreuses revendications territoriales. Pour tenter de régler ces sources de conflits la France va envoyer des troupes. Elle n’en manque pas en ce début 1919 avec plusieurs millions d’hommes sous les armes ; mais pour ce genre de mission il lui faut des soldats à la fois efficaces sur le plan militaire et représentatifs et crédibles sur le plan diplomatique. Elle va donc utiliser ces troupes d’élite dont la réputation a été faite par leurs adversaires, habituées à travailler en autonomie, en interarmes et en interallié, à la tenue à la fois élégante, impressionnante et caractéristique : les troupes alpines.

Jusqu’à la signature du traité de paix de Versailles, le 28 juin 1919, les différents bataillons et régiments alpins, après s’être assurés que les Allemands ont bien quitté la Belgique, se trouvent en occupation en Allemagne sur la rive gauche du Rhin. Leur présence assure à la fois la garantie d’une signature rapide du traité et le maintien de l’ordre dans une situation insurrectionnelle, qui voit les extrémistes révolutionnaires tenter de s’emparer du pouvoir laissé vacant par le pouvoir de Guillaume II. Ils quittent l’Allemagne durant l’été, mais après quelques mois consacrés à la garde des prisonniers allemands occupés à déblayer les ruines de la ligne de front, la 46e DI (6e, 7e, 13e, 23e, 24e et 27e BCA) va partir pour une mission nouvelle : l’interposition entre Polonais et Allemands en Haute-Silésie. Le 22e BCA fait la même chose du côté danois au Schleswig ; si pour lui la mission fut accomplie sans trop de difficulté, il n’en fut pas de même en Silésie.

Entrée du 23e Chasseurs à Brumath (Alsace) le 26 novembre 1918.


Force d’interposition

La situation est en effet très délicate dans cette région située au Sud-Ouest de la Pologne qui doit décider de son avenir par référendum. C’est un imbroglio caractéristique de cette époque. Les campagnes sont peuplées en majorité de Polonais et les villes d’Allemands et cela depuis fort longtemps. Chacun possède des corps-francs ou de la police, bien armés et décidés à en découdre. La force d’interposition est formée de Britanniques, Italiens et Français, qui sont les plus nombreux. Le cœur de ces derniers penchait plutôt pour les Polonais que pour les Allemands, leurs adversaires pendant cinq ans. En outre de nombreux officiers français combattent aux côtés des Polonais face aux bolcheviks à l’Est de la Pologne, ou servent dans une mission militaire chargée de mettre sur pied la nouvelle armée polonaise (qui comporte des troupes de montagne instruites par nous). Ils doivent cependant rester impartiaux et empêcher que les populations civiles ne soient les victimes de ces rivalités. La mission va durer jusqu’à l’été 1922 et sera particulièrement difficile.

Il faut se déplacer souvent car le territoire des deux brigades (91e et 92e) est extrêmement vaste et nos alliés un peu moins actifs que nous. Les Alpins doivent s’interposer entre des manifestants, mater des émeutes, arrêter des meneurs, rechercher des armes, toutes sortes d’opération auxquelles ils ne sont pas préparés. Les résultats du référendum le 21 mars 1921 étant favorable aux Allemands, un soulèvement général des Polonais se produit en mai. Le chef de bataillon Montalègre qui commande le 27e BCA est assassiné par un Allemand extrémiste le 4 juillet 1921 à Beuthen. Jusqu’à leur départ au cours de l’été 1922, les Alpins devront rester sur le qui-vive, victimes d’attentats et d’un harcèlement permanent.

Ils quittent la région pour rentrer dans les Alpes en ayant la satisfaction d’avoir rempli leur mission : le baril de poudre qu’ils surveillaient n’a pas explosé, leur présence a évité les massacres que l’on pouvait craindre. Le retour dans les Alpes se fait souvent dans des garnisons qui ne sont plus celle d’avant-guerre, et les différentes réorganisations ne laissent plus que douze BCA d’active et deux RIA en montagne. Ils en repartent encore pour quelques mois en 1923, en occupation, puis en 1925 au Maroc.

Mai 1921 ; combat entre Polonais et Allemands en Haute-Silésie ; groupe d’insurgés polonais.


De nouveau en occupation

En 1923, l’Allemagne, soumise à une terrible inflation et à une grave crise économique, suspend le paiement de sa dette de guerre ; la France et la Belgique décident alors d’envahir la Ruhr, son poumon industriel. La 5e DBCA fait partie des troupes d’occupation et pendant près de neuf mois va occuper, au sein de la 77e DI, cette région d’usines et de mines. Sa mission est de protéger les exploitations de minerais et les commissions de réquisition des machines-outils, et de participer également à des opérations humanitaires auprès d’une population hostile, très durement touchée par la crise économique.

11 janvier 1923, les troupes franco-belges occupent la Ruhr ; entrée des blindés français à Essen.


Force d’intervention au Maroc

C’est pour aller au Maroc, dans la région montagneuse du Rif, que les troupes alpines vont à nouveau quitter les Alpes en intervention à la demande du maréchal Lyautey. La révolte d’Abd-el-Krim est en partie enrayée, mais il subsiste encore de larges zones d’insécurité tenues par les rebelles, et le maréchal, qui avait eu l’occasion d’apprécier les troupes alpines en 1912, demande un renfort de BCA pour venir à bout des derniers « Riffains ». Il obtient cinq bataillons (15e renforcé du 6e, 23e, 24e, 25e et 27e BCA). Dans le même temps deux autres bataillons (7e et 13e) sont envoyés en Tunisie afin de prévenir une agitation possible dans l’autre protectorat. Le terrain se prête, là aussi, à l’emploi de troupes de montagne.

L’entraînement des Alpins à évoluer en terrain difficile et escarpé ainsi que leur habitude du combat interarmes et décentralisé vont leur donner une aisance qui fait l’admiration des troupes de l’armée d’Afrique. Plus d’une fois leur intervention par les hauts, soutenue au plus près par des appuis amenés à dos de mulets, surprend les rebelles. Malheureusement les intrigues de la politique les font retirer du Maroc fin 1925 après plus de six mois de présence, et le maréchal Lyautey qui doit démissionner gardera toujours le souvenir de ces troupes qui correspondaient si bien à sa manière de commander. En 1930, c’est en pensant à ces bataillons qu’il écrira des lignes célèbres sur « l’esprit chasseur », sur ceux « qui pigent et qui galopent ».

Alpins à l’exercice au Maroc


Retour vers les sommets

À la veille de la Première Guerre mondiale les troupes de montagne françaises avaient atteint un niveau technique en montagne inégalé, même par les alpinistes civils, et découvraient le ski ; la Grande Guerre va les éloigner pendant presque dix ans des sommets et éliminer la plupart des cadres qui possédaient cette technique. En 1922 ce sont des troupes d’élite, mais plus des troupes de montagne qui rentrent dans les garnisons. Heureusement le recrutement ramène toujours des montagnards et la réputation des alpins attire des cadres de qualité ; il suffit de chefs énergiques et motivés pour retrouver le chemin des montagnes.

Remise à niveau au plan technique

Les postes d’altitude sont réoccupés dès le retour dans les garnisons, et le merveilleux terrain montagnard est de nouveau réinvesti par l’encadrement de contact pour organiser l’entraînement physique et militaire ; les tirs et les manœuvres en altitude recommencent.

Mais c’est sous l’impulsion du général Dosse, qui commande la 52e Brigade d’Annecy à partir de 1927, et d’officiers comme les capitaine Béthouart, Molle, Vallette d’Osia, que cette ré-acquisition des savoir-faire alpins va se systématiser et s’amplifier. L’entre-deux-guerres va être l’occasion d’un véritable renouveau montagnard, à la fois sur le plan physique et technique mais également dans le domaine intellectuel, organisationnel et militaire.

Dans le domaine technique l’instruction est organisée en vue de permettre aux cadres et à la troupe de vivre, se déplacer, et combattre en haute montagne en été comme en hiver. À cette fin sont créés dans chaque unité alpine des centres de haute montagne, souvent à partir de poste d’altitude, où sont enseignées les techniques d’alpinisme et de ski. Cet enseignement s’adresse tout d’abord aux cadres et à quelques détachements de spécialistes, puis assez vite (dans les années trente) à l’ensemble des troupes. Il se concrétise par des raids, des manœuvres sur de grandes distances et en altitude dont le niveau technique et physique impressionne encore de nos jours. Ce n’est donc pas une formation élitiste mais bien une préparation à l’engagement d’unités importantes pour de opérations en montagne.

Les sections d’éclaireurs-skieurs (SES)

Dès 1930, en complément des unités importantes, des petites formations de spécialistes particulièrement entraînés sont créées : les sections d’éclaireurs-skieurs. Forces spéciales et commando avant l’heure, elles ont avant tout une destination militaire : intervention par des itinéraires inattendus, par météo défavorable, pour des coups de main, des actions de renseignement ou pour préparer l’engagement d’unités plus importantes. Il leur faut donc un entraînement physique et technique plus poussé dans le domaine de l’alpinisme et du ski, mais aussi militaire avec formation en topographie, tir, transmissions, secourisme. Chaque bataillon ou régiment sélectionne avec soin les personnels des SES parmi les montagnards performants et les officiers et sous-officiers les plus brillants, les installe dans un chalet le mieux placé pour peaufiner leur entraînement, les équipe du matériel le plus moderne. Il s’ensuit une émulation dont le but n’est pas sportif mais opérationnel ; les autres unités essayent de s’élever au niveau des éclaireurs, les cadres souhaitent tous y être affectés.

L’École de haute montagne

Il faut donc former tous ces cadres qui rêvent d’emmener leurs sections et leurs compagnies sur les plus hauts sommets en toute sécurité. Aussi, en 1932, est créée à Chamonix l’École de haute montagne (EMHM aujourd’hui) dont le général Dosse est à l’origine. Le commandement en est confié au capitaine Pourchier du 27e BCA qui va y rassembler l’élite des montagnards militaire détachés de leurs régiments et bataillons comme instructeurs. Un très haut niveau sportif est rapidement atteint. L’équipe militaire de ski est formée à partir des instructeurs de cette école. En 1936, aux Jeux Olympiques d’hiver de Garmisch-Partenkirchen, c’est le lieutenant Faure du 13e BCA détaché à l’EHM qui est porte-drapeau de la délégation française.

L’école ne se charge pas seulement de l’entraînement sportif des alpins, elle a aussi une mission d’expérimentation des matériels de montagne. C’est ainsi que l’on doit au capitaine Pourchier la création de matériel de secours en montagne mais surtout d’un équipement complet de combattant en altitude à la pointe du progrès (anorak réversible, chaussures Vibram, sac Bergam, etc.), qui fera ses preuves en 1940 en Norvège.

Entraînement des cadres à l’EHM, sous le contrôle du capitaine Pourchier (photo de droite en haut)
Cette période ne se caractérise pas seulement par un renouveau sportif et technique, mais également par un important mouvement d’idée dans le domaine du combat en montagne. En moins de vingt ans tous les règlements sur ce sujet sont refait deux, voire trois fois : les règlements technique sur le ski et l’escalade pour suivre les évolutions des matériels et les règlements d’emploi tactique au gré des études faites sur les enseignements tirés des opérations en montagne pendant la Grande Guerre, ou prenant en compte la menace italienne.

Nouvelle menace sur les Alpes

L’Italie de Mussolini commence dès 1930 à devenir inquiétante ; elle réarme, créé des unités nouvelles, affiche des prétentions territoriales sur Nice et la Savoie. Le front des Alpes devient donc une préoccupation pour le gouvernement français qui décide d’y construire une ligne de fortifications comme dans le Nord-Est (la force de dissuasion de l’époque). Il n’est pas question, pour des raisons de crédits et de terrain, d’un front continu, les ouvrages sont des ouvrages anciens modernisés (Vauban, forts sardes, Séré de Rivières) ou des ouvrages de type Maginot à construire. Les travaux commencent en 1931et le plus gros sera terminé en 1935. Mais dans certains secteurs on travaillera jusqu’à l’entrée en guerre en complétant souvent le dispositif par des fortifications de campagne.

L’artillerie lourde reçoit dans les régiments d’artillerie de position (RAP) un complément de dotation alpine : tarte, raquette et vêtements pour vivre et combattre en altitude, mais également en train muletier pour s’y déplacer. Pour armer les ouvrages il est créé le 1er octobre 1935 des bataillons alpins de forteresses (BAF) à partir de bataillon issus de RIA. De sept en 1935 ils seront vingt-trois en 1940. Organisés en compagnie d’équipages d’ouvrages et compagnies d’intervalle, plus mobiles, ce sont de vrais Alpins, avec leurs SES chargées de les renseigner au plus loin par des patrouilles sur les crêtes. Équipés comme les RIA en tenue moutarde avec la tarte frappée de l’insigne des unités de forteresse (l’embrasure d’ouvrage et la devise « on ne passe pas »), ils sont encadrés par des officiers alpins. La troupe, de recrutement local, reçoit une instruction montagne appropriée. Leur mission les rends plus statiques que les BCA et RIA, mais leur permet d’avoir une bien meilleure connaissance du secteur qu’ils surveillent. Ils démontreront en 1940 leur efficacité et les mêmes qualités que les unités plus anciennes.

À l’été 1940 les troupes des Alpes sont donc à nouveau prêtes à affronter n’importe quel ennemi sur le terrain montagneux et enneigé qu’elles connaissent bien. Elles sont remarquablement bien entraînées, équipées et encadrées par des officiers et sous-officiers d’élite, mais surtout leur moral est au plus haut. Elles vont vite confirmer dans ce deuxième conflit mondial ce que le premier avait révélé : leur caractère d’authentiques troupes d’élite.

Rencontre entre Alpins et Alpini au col du Mont-Cenis (automne 1939)


Les troupes alpines pendant la campagne de 1939-1940
La défense des Alpes

A la mobilisation, c’est la Ve Armée (général Besson) qui est chargé de la défense des Alpes. Elle comprend : • Trois corps d’armée (XIVe, XVe et XVe) englobant : • onze divisons, dont sept de montagne (27e, 28e, 29e, 30e, 31e, 64e et 65e DIA) ; • deux divisions de type Nord-Est (63e et 65e DI) ; • deux divisions d’infanterie coloniale ; • une brigade de Spahis. • Les trois secteurs fortifiés : Savoie, Dauphiné, Alpes-Maritimes avec chacun l’effectif d’une division.
C’est un total de 550 000 hommes, minutieusement préparés pour les opérations en montagne, qui est en place.

Quand la guerre éclate le 3 septembre 1939, nous sommes en paix avec l’Italie qui multiplie les gestes de bon voisinage avec les troupes des Alpes. Aussi, un tel effectif ne semble plus se justifier, tant est si bien qu’au cours de l’hiver le commandement retire peu à peu les DIA pour renforcer le front du Nord-Est. C’est ainsi que tous les BCA et RIA d’active quittent la montagne en laissant cependant leurs SES.

La 6e Armée devient alors « Armée de Alpes » avec moins de 200 000 hommes. Placée sous les ordres du général Olry elle regroupe les trois « secteurs fortifiés » (Savoie, Dauphiné, Alpes-Maritimes) avec chacun une division de série B (réserve), 64e, 65e, 66e DI, et quatre-vingt-deux sections d’éclaireurs-skieurs, soit environ 90 000 combattants de première ligne.

Au cours de l’hiver les fortifications sont renforcées et une activité intense de patrouille d’observation est déployée sur la frontière Sud-Est. Les Italiens n’apparaissent pas menaçant jusqu’au printemps.

Les divisions envoyées dans le Nord-Est y vivent la « &nbspdrôle de guerre&nbsp », monotone, entrecoupée de patrouilles et coups de mains du corps franc de chaque bataillon entre les lignes. Cependant tous les Alpins ne vont pas rester sur la ligne Maginot ou sur les crêtes de Alpes ; une fois de plus ils vont être engagés hors de France, et subir le baptême du feu en Norvège.

Une victoire sous le soleil de minuit

Les troupes de montagne sont d’abord prévues pour intervenir en Finlande attaquée par l’armée soviétique durant l’hiver 39-40 ; une brigade de haute montagne est mise sur pied à Belley sous les ordres du colonel Béthouart, grand spécialiste de la Finlande et de la Norvège, auteur du « livre de l’Alpin » et brillant officier alpin. Cette BHM est composée de la 5e demi-brigade de chasseurs alpins (DBCA) (13e, 53e, 67e BCA) et 27e DBCA (6e, 12e et 14e BCA), elle est remarquablement équipée du matériel mis au point par le capitaine Pourchier de l’EHM, ses hommes ont été triés en écartant les plus âgés, les inaptes à la montagne et les moins sûrs politiquement (il s’agirait d’affronter les Soviétiques…). Le 11 mars au moment d’embarquer à Brest on apprend que la Finlande vient de signer un armistice avec l’URSS. L’intendance fait immédiatement réintégrer les paquetages spéciaux de la BHM…

Le 4 avril les Allemands envahissent la Norvège afin de contrôler la « route du fer », c’est-à-dire l’approvisionnement en minerai de fer suédois qui se fait par le port situé au Nord de la Norvège à Narvik. Un corps expéditionnaire franco-britannique est alors mis sur pied, la BHM va en faire partie.

Le Corps expéditionnaire français en Scandinavie aux ordres du général Audet comprend en effet la 1ère Division légère de chasseurs (5e et 27e DBCA), la 13e demi-brigade de Légion étrangère et une brigade polonaise de chasseurs de montagne.

Une fois rééquipée et après un long périple maritime, la 5e DBCA va débarquer à Namsos pour renforcer les Britanniques qui n’arrivent pas à déboucher à Trondheim. Alors que tout est prêt pour la dernière offensive, les Britanniques, qui n’ont pas de troupes spécialisées, décident de rembarquer et le 3 mai sont repartis…

La deuxième phase se déroule à Narvik plus au Nord face aux Gebirgsjäger du général Dietl. Le 28 avril le commandement britannique très hésitant (les erreurs des Dardanelles en matière de débarquement les inhibent) fait débarque le 6e BCA très au Nord, sans une partie de ses matériels.

Le général Béthouart reçoit le commandement et organise avec brio la prise de Narvik en coordonnant les feux des navires de la flotte anglaise, les attaques terrestres des BCA et des Polonais et un débarquement de la Légion sur l’objectif. Le 29 mai la ville est prise et les Allemands sont repoussés loin du port ; malheureusement la conduite générale de la guerre prime, et sous la pression des Britanniques qui ont besoin de leurs bateaux à Dunkerque, le corps expéditionnaire rembarque le 6 juin.

En cette période particulièrement noire pour les armes de la France, le CEFS aura remporté une victoire incontestable due en grande partie à l’esprit de décision du général Béthouart, à la qualité des hommes qui le composent, bien entraînés, habitués au combat interarmées et décentralisé, bien commandés. Les mêmes qualités vont produire les mêmes effets dans les Alpes.

Le général Béthouart s’apprêtant à débarquer à Bjervik.


Les Diables bleus de 1940

Si le CEFS n’a pas été renforcé par les 2e et 3e divisions légères de chasseurs constituées à partir de BCP et RIA, c’est que l’offensive allemande du 10 mai enfonce le dispositif français à Sedan et contourne la ligne Maginot en passant par la Belgique. Il n’est plus alors question d’envoyer des troupes en Norvège ; le commandement les jette immédiatement dans la bataille pour essayer d’enrayer la percée des Panzer.

Une fois de plus, comme durant la Grande Guerre, les troupes alpines sont envoyées comme troupes de choc pour colmater les brèches là où les autres unités lâchent prise. Les divisions alpines qui avaient été envoyées dans le Nord-Est à l’automne 39 également sont rapidement ramenées vers les plaines de la Somme et de la Picardie, et même la 5e DBCA de retour de Namsos est relancée dans la fournaise en Normandie. Engagés par demi-brigades dans un terrain qui n’a rien de montagnard, les Alpins vont accumuler les faits d’arme alors que beaucoup d’unités sont désorganisées. Certains jours de début juin des unités complètes disparaissent avec un taux de perte équivalant à celui des grandes batailles de la guerre 14-18. Les troupes allemandes reconnaissant en eux les dignes héritiers des « Schwarze Teufel » des Vosges de 1915, et leur rendront même les honneurs en plusieurs circonstances. Citons parmi les principaux théâtres de leurs exploits Pinon pour le 7e BCA, La Fère-en-Tardenois pour le 11e BCA, Fouches (25e BCA), Liomer (13e BCA), Artonges (159e RIA).

L’armée des Alpes invaincue

Cependant dans les Alpes la guerre n’ a toujours pas commencé ; le Duce fait des préparatifs : il accumule les unités d’élites, Alpini et chemises noires, face à la petite armée des Alpes au moral intact :
-  Deux armées (1ère et 4e) ;
-  Le corps alpin (4 divisions d’infanterie alpine) ;
-  Huit divisions de 2e échelon.
Il attend d’être sûr de la défaite française face aux Allemands pour attaquer. Le 10 juin, pensant obtenir une victoire facile sur des troupes qu’il croit démoralisées, il déclare la guerre espérant atteindre le Rhône sans trop de difficultés. Il se heurtera cependant aux exploits des éclaireurs, des artilleurs et des chasseurs des bataillons alpins de forteresses luttant à une contre trois, ainsi qu’à la brillante manœuvre de la bataille de Voreppe.

A la signature de l’Armistice la seule armée à ne pas avoir été battue est l’armée des Alpes : les Allemands n’ont pas pénétré leur secteur et surtout les Italiens sont restés cloués sur la frontière avec des pertes sévères. Le bilan est lourd pour eux, 460 tués et 4 800 blessés (dont beaucoup par gelures dues au stationnement imprévu en altitude par des conditions météorologique extrême) ; nous n’avons que 40 tués et 84 blessés à déplorer. L’armée du général Olry mérite bien son titre « d’Armée invaincue ». De plus, elle a épargné aux populations du massif alpin l’humiliation d’une occupation étrangère de 1940 à 1942 et facilité l’émergence de la Résistance.

Les Alpins de l’armée d’armistice

Malgré leurs exploits en Norvège, durant la campagne de France et sur les Alpes, les Alpins doivent subir le sort des autres unités de l’armée française et réduire leurs effectifs en proportion de ceux de l’armée de 100 000 hommes imposée par l’occupant. Il ne reste à l’automne 1940 que six BCA, le 159e et le 43e RIA, le 4e Génie et le 2e RAM. Toutes les garnisons proches de la frontière sont abandonnées et toutes les unités de forteresses dissoutes. Les fortifications désarmées sont occupées par des unités de gardiennage rattachées aux bataillons restants, les cadres d’active sont également ventilés en surnombre dans ces corps.

Cette armée d’armistice est formée d’engagés souvent de la zone occupée (Parisiens, Alsaciens) et de cadres alpins n’ayant souvent pas connu la défaite. Bien équipés en matériel individuel, bien habillés, surencadrés, ils sont animés d’un moral excellent et alternent entraînement intensif et cérémonies patriotiques. Pendant deux ans ils mènent de pair cet entraînement, en tournant souvent les interdictions de pénétrer en zone frontalière par des déplacements civils, afin de ne pas attirer l’attention. Tous les chefs de corps essayent en permanence de camoufler du matériel à la commission d’armistice pour préparer de quoi équiper les futures unités. Une bonne partie échappera aux recherches et servira effectivement à équiper les maquis alpins dont cadres et chasseurs fournirons une partie notable des effectifs. Après avoir envisagé de résister à l’envahissement de la zone libre, les unités des Alpes doivent obéir aux ordres de Vichy. Elles sont dissoutes, mais les chefs de corps dans leurs adieux leur donnent rendez-vous pour reprendre le combat.

Conclusion

En moins de vingt ans de « réalpinisation », les troupes alpines françaises sont redevenues de véritables spécialistes du combat en montagne. Elles ont confirmé leur statut de troupe d’élite en remportant les seules victoires de la campagne 1939-1940. Leur participation significative à la Résistance témoignera de leur patriotisme et de leur capacité à surmonter les situations les plus imprévues.

Lieutenant-colonel Benoît Deleuze
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