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Site sommital du fort de la Bastille à Grenoble
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Accès : par le téléphérique, par les sentiers pédestres de la Bastille,
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Les tenues du chasseur alpin de Narvik

 
 
Les tenues du chasseur alpin de Narvik
 
Trois catégories de tenues, combat, ville et grand-froid furent mises au point à l’EMHM de Chamonix par le capitaine Pourchier et son équipe. Deux ans plus tard, en 1940 en Norvège, 7 000 hommes en furent équipés.


« Nos nouveaux effets d’habillement transformaient l’aspect extérieur des unités. Les chasseurs en kaki regrettaient leurs tenues bleues, mais les cagoules imperméables kaki d’un côté, blanches de l’autre et surtout les vestes en peau de mouton dont le cuir était à l’extérieur et la laine à l’intérieur, donnaient une silhouette nouvelle aux membres du corps expéditionnaire qui en étaient très fiers. Le souvenir en a été conservé sous forme de mannequins exposés au Musée de l’Armée de Invalides de Paris et à celui de la ville de Narvik, qui me les a demandés ».

Ces tenues décrites par le général Béthouart dans ses mémoires, nous en possédons quelques effets dans nos collections. Ils nous sont parvenus lors du renversement des collections de la salle d’honneur du 6e BCA au musée. En voici la petite histoire et leurs descriptifs illustrés.

C’est le 15 janvier 1940 que la Brigade de haute-montagne commandée par le général Béthouart est constituée, regroupant deux demi-brigades de chasseurs alpins, la 5e et la 27e, respectivement composées du 13e, 53e, 67e BCA et du 6e, 12e, 14e BCA. Les hommes de ces bataillons portent encore la capote et les bandes molletières. Seules les SES ont une tenue plus adaptée au combat en montagne.

Le premier défi consiste à équiper en un temps record les hommes de cette brigade. Le général Béthouart consulte le capitaine Pourchier, et ce dernier présente au président du conseil Edouard Daladier un échantillon d’habillement et d’équipement.

Ceux-ci le satisfont sur-le-champ ainsi que le général Gamelin, qui ordonne la mise en fabrication. Cas assez rare dans l’armée française où l’intendance n’intervient pas dans la chaîne de consultation mais seulement dans celle d’exécution, mais là le temps presse.

La genèse de cette révolution vestimentaire remonte au temps où le capitaine Pourchier, commandant de l’EMHM, avait réuni dès 1938 un bureau d’étude chargé d’expérimenter et de mettre en place du matériel de ski et d’alpinisme, d’équipement de montagne, de campement et d’armement (fusil MAS 36 à crosse pliante).

Le capitaine Pourchier retient notamment le principe basique de superposition d’habits garantissant une protection contre le froid. Ce système fut également repris en 1943 par l’armée américaine après des expérimentations en milieu arctique.

Voici ce que le capitaine Pourchier et son équipe mirent au point à Chamonix et qui équipa deux ans plus tard, en Norvège, plus de 7 000 hommes. Il convient de distinguer trois catégories de tenues et d’équipements : la tenue pour le combat, la tenue de ville et la tenue grand froid pour le combat ou les bivouacs.

Pour le combat
Peu de changements pour la coiffure, on conserve le casque Adrian, modèle 1926 avec le cor des chasseurs obtenu par estampage. Un couvre-casque blanc en toile peut être ajouté.

Un blouson de toile dit « blouson de skieur modèle 1940 » est réalisé dans une toile légère imperméable et protégeant du vent. Il s’agit du modèle étudié par le capitaine Pourchier et son équipe à l’EMHM. Seule différence visible à l’œil les boutons du blouson paraissent métalliques, alors que ceux utilisés sont en plastique. S’ouvrant dans sa partie supérieure par trois boutons, il s’enfile tel un chandail, il est doté de manches à pivot permettant une liberté de mouvements. Il possède également 6 œillets assurant l’aération. Les rapports d’officiers du 6e BCA feront l’éloge de cet effet : « Le blouson particulièrement est à retenir : toute l’armée gagnerait à en être équipée ». Toutefois quelques contestataires lui reprochaient sa toile trop épaisse et la condensation qui se formait après des efforts intenses.

Le pantalon salopette, modèle 1938, ne possède pas de poche. Il est réalisé dans une toile imperméable. La taille et les chevilles sont serrées par un cordonnet. Il se porte par-dessus les effets de drap.

Sous ce blouson se trouvent les chandails avec ou sans manche tricotés en laine kaki.

Les guêtres en toile épaisse montant sous les genoux. La fixation consiste en un crochet pris dans le lacet et une courroie passant sous le pied. Le laçage se fait latéralement et il est renforcé par deux sanglons, l’un au centre et l’autre dans la partie supérieure. Du point de vue militaire, on reprochait la qualité de confection médiocre des guêtres dont les crochets étaient de mauvaise qualité et les cuirs trop fins.

Les brodequins de montagne, modèle 1940, auraient visiblement manqué d’ailes de mouches sur la semelle débordante. De plus le cloutage semblait défectueux. Le sous-lieutenant Bievet du 6e BCA leur reproche malgré leur confort et leur souplesse le fait qu’ils prennent l’eau et qu’ils soient la cause de nombreuses gelures, il ajoute que « < la botte avec feutre est préférable en terrain enneigé ». Celle-ci ne fut pas distribuée à la BHM.

La protection des yeux était assurée par des lunettes à neige dont la coque était en aluminium et les verres en mica fumé. Mais la plupart des lunettes fournies étaient cousues et pliantes, n’offrant pas la même résistance que le modèle en aluminium0.

Les chaussons à neige, réalisés en toile en cuir pour la semelle, sont à mettre par-dessus les brodequins. Ils sont utilisés avec les raquettes.

Le tour de cou en laine peut être utilisé comme passe montagne ou serre-tête.

Pour la protection des mains il existe trois types de gants : les gants-moufles en cuir, destinés aux seuls skieurs, sont porté au-dessus des gants en laine. Les gants-moufles de laine dont l’index et le pouce sont libres, permettent le tir. Les gants-moufles en toile sont portés par-dessus les gants de laine.

Le brêlage du modèle réglementaire, 1935/37, composé d’un triangle arrière de suspension et de deux bretelles de suspension.

Le sac Bergam à claie métallique est en toile avec un fond de cuir. Il possède deux poches extérieures et une sacoche amovible. La claie métallique est faite d’un seul tenant. Les bretelles en cuir sont doublées d’un feutre épais. La claie peut être utilisée comme claie porte charge, une fois le sac ôté. Une adaptation de sanglons se fixant sur les bretelles et les cartouchières permet de supprimer les bretelles de suspension. Le lieutenant Berchoud du 6e BCA donne un avis nuancé sur ce sac : « le sac Bergam s’est révélé aussi très pratique. Plus rien qui pende autour de l’homme. Le sac posé, il est complètement déchargé. Aussi, tous les impedimenta de l’homme étant ainsi groupés, le poids du sac atteint de grandes proportions et cela nécessite des sacs et des bretelles de sac particulièrement robustes. Trop de sacs et de courroies se sont malheureusement révélés inférieurs. La suppression des bretelles de suspension semble avoir été une erreur. Dès qu’elles sont chargées, les cartouchières tombent sur le ventre et l’on a vu très souvent des hommes suppléer ce manque de bretelles de suspension par des moyens de fortune ».

La tenue de ville
Le béret alpin, coiffure de tradition, est gardé. Le cor cousu est de drap jonquille pour la troupe et argenté pour les sous-officiers et les officiers.

La vareuse en drap kaki et le pantalon de toile kaki sont tout deux de type réglementaire modèle 1940. Toutefois la culotte se distingue du modèle golf 1938 par sa poche arrière de type révolver, une martingale à bouton et une patte à bouton fermant chaque poche.

La chemise en jersey de laine kaki reprend le modèle 1938.

Les bas de laine kaki sont sans pied et sont dotés d’une patte passant sous le pied et d’un caoutchouc au mollet. Pour assurer une fermeture absolue on utilise deux petites bandes de chevilles se déroulant sur la chaussure et sous le bas de laine.

Les vêtements protecteurs contre les « grands froids »
La peau de mouton vêtement emblématique des troupes françaises engagées en Norvège s’apparente à la canadienne. Ce vêtement n’avait pas été proposé par le capitaine Pourchier. Il avait été réalisé pour les motocyclistes. Se fermant par cinq boutons et possédant un col large, la canadienne est en peau de mouton tannée au chrome pur et teinté couleur beige.

La critique militaire est mitigée, la réalisation leur apparaît correcte mais elle lui reproche l’utilisation de peaux fragiles ainsi que les coutures et les boutonnières peu résistantes. Une forme plus croisée et plus longue aurait été préférable.

La peau de mouton avait été conçue à l’origine comme sous-vêtement mais elle s’utilise rapidement comme vêtement extérieur. Pour le combat on lui préfère la cagoule caoutchoutée.

La cagoule caoutchoutée est entièrement imperméable. Sa forme ample et blousante, avec capuchon, permet de la porter par-dessus la peau de mouton. Elle est dotée de cordonnets de serrage au capuchon, à la taille et au bas. Une fermeture éclair descend jusqu’à la poitrine.
Si ce vêtement a été apprécié par ses utilisateurs, certains lui ont reproché son poids, augmenté par l’ajout d’une deuxième épaisseur de caoutchouc.

La toile de tente caoutchoutée de même modèle que la toile de tente ordinaire, mais avec boutons et boutonnière sur les trois côtés fait aussi partie des études du capitaine Pourchier. Le rapport du sous-lieutenant Brevet du 6e BCA en fait l’éloge : « la toile de tente imperméabilisée blanche d’un côté et de teinte neutre de l’autre nous a rendu un grand service, soit employée comme cagoule pour le camouflage soit comme couverture. Les deux premiers jours mes hommes et moi avons dormi dans la neige sans rien d’autre, que nos toiles de tente. Nous n’avons pas vraiment souffert du froid au corps ».



Les bottes en caoutchouc moulées n’équiperont qu’un tiers de l’effectif. Elles devaient s’utiliser avec les bottes en feutre.

Qui mieux qu’un spécialiste de la montagne, qui plus est un chasseur alpin comme le capitaine Pourchier, pouvait révolutionner le mode de penser de l’intendance. Grâce à sa connaissance du milieu et sa pratique extrême de la montagne, il a su convaincre les grands chefs d’adopter cette panoplie nouvelle qui influencera la tenue montagne de l’après-guerre.



Sous-lieutenant Domenech de Cellès



Sources :
Bibliographiques et iconographiques :
Cinq années d’espérance, Mémoire de guerre 1939-1945, Libraire Plon. Imprimé en 1968. (général Béthouart)
Militaria magazine n° 17-18-20-1987, articles écrit monsieur François Vauvilliers.
L’école militaire de haute montagne de monsieur Maurice Gay. (1996)
« Tenues et équipements adoptés pour le corps expéditionnaire en Scandinavie »
Rapport du lieutenant Berchoud et du sous-lieutenant Brevet du 6e BCA.